Traité de paix et d'amitié, 8 Stat. 484 (1836), Toujours en vigueur aux États-Unis | IACHR P-1365-26  ·  OHCHR h6a662eo | Le dossier juridique complet →
Le souverain

En 1600, un ambassadeur maure fut reçu à la cour d’Élisabeth Ire comme un pair souverain — et posa pour un portrait qui subsiste.

Abd el-Ouahed ben Messaoud vint à Londres en 1600 comme ambassadeur du souverain du Maroc, et fut reçu à la cour de la reine Élisabeth Ire comme l’envoyé d’une puissance souveraine — un allié proposé contre un ennemi commun. Il fut peint ; le portrait est encore accroché aujourd’hui. C’est le registre que les archives ne cessent d’essayer de vous faire oublier : non pas un esclave, non pas une curiosité — un ambassadeur, un Maure traité par la Couronne d’Angleterre comme un pair. Les spécialistes le désignent comme l’un des modèles de l’Othello de Shakespeare, le Maure de Venise, écrit durant ces mêmes années.

Le masque se met en place

Le blackface n’a pas commencé avec le « Nègre ». Il a commencé avec des hommes blancs au liège brûlé jouant le Maure.

Bien avant le minstrelsy américain, des acteurs anglais se « noircissaient » pour jouer le Maure sur la scène élisabéthaine — Othello, Aaron le Maure — la figure même que le véritable ambassadeur incarnait à la cour. Ainsi l’origine même du blackface est la performance blanche du Maure : le souverain transformé en costume. La dignité était sur le plancher de la salle du trône ; la caricature était sur la scène ; et au cours des deux siècles suivants la caricature a englouti l’homme.

Le bouffon, et la loi qui a pris son nom

Dans les années 1830, le masque avait un nouveau nom : « Jim Crow » — un bouffon en blackface qui a ensuite donné son nom à tout l’ordre de la ségrégation.

En 1830, l’artiste Thomas Dartmouth Rice se couvrit de liège brûlé et créa « Jim Crow », le pitre qui fit du spectacle de ménestrels le divertissement le plus populaire d’Amérique. Le mot désignant l’artiste errant criminalisé d’autrefois — le ménestrel — devint la caricature raciale. Puis la caricature nomma la loi : tout le régime de ségrégation qui suivit fut appelé, d’après le bouffon, Jim Crow. Un peuple d’ambassadeurs et de juristes, réduit à un imbécile de liège, et le nom de l’imbécile estampillé sur les lois qui le mettaient en cage.

Ce que c’est — et ce que ce n’est pas

C’est le registre culturel du même renommage : reclasser le Maure, criminaliser le « Nègre », puis caricaturer tout un peuple en une blague.

Soyez exact. Aucun document unique ne trace une ligne causale directe de la scène élisabéthaine au spectacle de ménestrels américain — le lien est de filiation et de fonction, non de trace écrite : le même mot (ménestrel), le même masque (le liège brûlé), la même besogne (transformer un peuple en spectacle pour l’amusement d’autrui). Ce que le dossier montre, clairement, c’est l’arc — le Maure reçu comme un souverain, puis joué comme un bouffon, puis légiféré en « Jim Crow ». La loi a pris votre rang ; la scène a pris votre visage. Cette page est ici pour vous rendre le visage.